Et si les supporters s’offraient leur club de foot ?

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Et si les supporters s’offraient leur club de foot ?

Le football, un business comme tant d’autres à la merci d’hommes d’affaires aux fins parfois douteuses ? Les supporters, mis de côté au bénéfice d’une « clientèle » plus fidèle au portefeuille bien garni ? Un véritable cauchemar pour les passionnés de foot, en tout cas pour ceux -et il en reste- qui considèrent le ballon rond comme un sport ludique et populaire.

L’idée

Ouvrir les portes des sociétés gestionnaires de clubs aux supporters. Au Royaume- Uni, là où les dérives du football moderne sont les plus flagrantes, les groupements de supporters souhaitant peser dans leur club peuvent s’appuyer sur Supporters Direct (SD), une organisation nationale sous statut de mutuelle qui les aide à structurer leur démarche. Antonia Hagemann, chargée de mission chez SD justifie son action :

« On réduit souvent l’image des supporters à celle de leurs franges minoritaires les plus violentes. Mais supporter une équipe crée des liens sociaux entre supporters. Les impliquer bénéficie à toute la communauté. »

En France, seuls les supporters de Saint-Etienne sont associés à la gestion du club et cela depuis 1970. La Fédération des associés supporters a gardé jusqu’à aujourd’hui une art minoritaire du capital du club au nom de ses 7 000 adhérents.

Jean-Charles Schuler, président de la fédération, affirme :

« En 1995, on a conjuré la faillite du club. On défend nos convictions auprès du propriétaire du club. »

Comment la mettre en pratique ?

Soutenue par le gouvernement britannique, SD accompagne sur le plan juridique et financier la constitution de « supporters trusts ».

Sur le modèle des coopératives, ces organismes permettent aux supporters de se réunir pour acheter et gérer démocratiquement une partie ou la totalité de leur club, souvent au bord de la faillite. Mais attention aux amalgames. Kevin Rye, responsable de la communication chez SD, précise :

« Les trusts ne s’occupent pas de choisir les entraîneurs, faire la formation ou négocier les transferts. Ils décident seulement des budgets et des lignes stratégiques d’investissement du club. »

Depuis 1999, année de création du premier « supporters trust », plus de 160 groupements sont nés et déjà treize clubs des ligues mineures anglaises sont passés sous leur seul contrôle.

Patrick Mignon, responsable du laboratoire de sociologie de l’Insep, ne s’étonne pas de ce mouvement :

« En Angleterre, le football est le symbole d’une communauté. Les supporters veulent faire vivre leur club. »

Et le modèle fait aussi des adeptes parmi les supporters des grandes équipes : un « supporters trust » est en cours de constitution au sein du prestigieux Manchester United.

Frédéric Bolotny, économiste du sport associé au CDES, concède :

« L’implication des supporters est saine car elle permet de préserver l’esprit du club. Leur participation doit pourtant rester minoritaire pour éviter que les supporters fassent et défassent les clubs au gré de leurs envies. »

Une dérive populiste et irréaliste à éviter pour ce spécialiste.

En France, on rêve de l’Espagne

Supporters Direct a même imaginé pouvoir décliner le concept de « supporters trust » à l’échelle européenne. En 2008, une consultation est lancée dans plusieurs pays accros du foot, dont la France.

A l’époque, les Français s’inscrivent aux abonnés absents mais depuis la situation a timidement évolué. Dans l’hexagone, Stéphane Billon et Baptiste Morvillez se sont inspirés des « Socios », les supporters du Barça très impliqués dans la gestion de leur club, pour imaginer les Socios PSG.

Depuis avril dernier, ils recensent les supporters prêts à verser une cotisation de base de 120 euros par an (plus 200 euros de droits d’entrée) pour peser, collectivement, dans la gestion du club parisien.

Ce qu’il reste à faire

Patrick Mignon reste prudent, rappelant qu’en France il n’existe pas, comme en Angleterre, une véritable culture du football :

« La plupart des supporters considèrent qu’ils soutiennent déjà assez leur club via les abonnements. »

Et si le chercheur admet néanmoins qu’il pourrait y avoir un certain potentiel pour les clubs qui attirent un public important, il précise :

« On est loin des records anglais et allemands et il s’agit toujours d’un public très fluctuant, prêt à décrocher si les résultats ne sont pas au rendez-vous ».

Si l’on croit Antonia Hagemann, ce ne serait pourtant pas une question de chiffres :

« Prenons l’exemple de l’Italie : lorsqu’on a lancé notre consultation, on a reçu un accueil très froid. Deux ans après, Supporters Direct recense 11 projets dans le pays. L’important c’est que l’initiative vienne des supporters. »

Encore faut-il convaincre les clubs d’ouvrir leur capital. Au PSG, la direction a accueilli avec bienveillance le projet des Socios, alors que l’actionnaire principal lui, n’a pas donné de retour. Stéphane Billon reconnait :

« Aujourd’hui on recense 1 800 adhésions (soit 1,6 million d’euros). Il nous faut dépasser les 3 ou 4 000 adhésions si nous voulons être entendus. »

Source : Rue89.com

 

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